Des chercheurs du laboratoire du Dr Guy Rouleau, affiliés au Centre de recherche du CHUM et au Centre de recherche du CHU – Sainte-Justine, ont découvert la cause génétique d’une maladie rare rapportée uniquement chez des patients originaires de Terre-Neuve, l’ataxie spastique héréditaire (ASH).

Cet état est caractérisé par une spasticité (ou rigidité) des membres inférieurs et une ataxie (manque de coordination), qui se manifeste par des troubles d’élocution et de déglutition, ainsi que des mouvements oculaires anormaux. Bien que la maladie ne soit pas mortelle, les patients développent des problèmes de posture vers l’adolescence; ils doivent utiliser une canne vers la trentaine, et les plus atteints se retrouvent en fauteuil roulant vers la cinquantaine. Il a déjà été montré que l’ASH se transmet d’un parent atteint à son enfant selon une hérédité dominante, ce qui veut dire que l’enfant a 50% de risques d’avoir la mutation.


Petite histoire d’une découverte : une collaboration entre l’Université de Montréal et l’Université Memorial

Il y a un peu plus de dix ans, des chercheurs et des cliniciens de l’Université Memorial (St. John’s, Terre-Neuve) ont contacté le Dr Rouleau, qui est aussi professeur de médecine à l’Université de Montréal, dans le but de découvrir la cause génétique de cette maladie retrouvée dans trois grandes familles terreneuviennes. La Dre Inge Meijer,  dans le cadre de ses travaux de doctorat réalisés dans le laboratoire du Dr Rouleau, a découvert que ces trois familles avaient un ancêtre commun et a identifié, en 2002, le locus (région de l’ADN) contenant  la mutation causant l’ASH.

Quelques années plus tard, Cynthia Bourassa, l’auteure principale de la présente étude, a repris le projet d’Inge Meijer. «J’ai réexaminé certains éléments avec des méthodes plus avancées », explique Cynthia Bourassa, étudiante à la maîtrise à la Faculté de médecine de l’UdeM. Elle a alors fait équipe avec Nancy Merner, qui est diplômée de l’Université Memorial, où elle a aussi débuté sa carrière avant d’intégrer le laboratoire du Dr Rouleau. « C’est un honneur de faire partie de cette étude et d’avoir un impact sur la vie de mes compatriotes. À mon arrivée dans le laboratoire du Dr Rouleau, je savais que les facteurs génétiques des familles ASH étudiées n’avaient pas encore été identifiés. En fait, j’ai demandé où le projet en était dès ma première journée. Peu de temps après, Cynthia et moi avons fait équipe et nous avons trouvé le gène! »

Les explications scientifiques

Le gène contenant la mutation est VAMP1, encodant la protéine synaptobrévine. « Non seulement la mutation était présente chez tous les patients et absente chez tous les témoins populationnels, mais la synaptobrévine est une protéine clé dans la voie permettant le relargage des neurotransmetteurs; ce qui en faisait un excellent candidat d’un point de vue fonctionnel », affirme Cynthia Bourassa. En fait, les auteurs sont d’avis que cette mutation dans le gène VAMP1 pourrait affecter la neurotransmission dans certaines zones du système nerveux où la synaptobrévine se retrouve, causant ainsi les symptômes uniques d’ASH chez les patients. En d’autres mots, il n’y aurait pas assez de messagers libérés et la transmission nerveuse serait altérée.

« Cette découverte va profiter aux familles au prise avec cette maladie accablante, assure le Dr Rouleau. Un test de dépistage génétique pourra être développé et des consultations en conseil génétique pourront être offertes aux membres des familles à risque, soit pour eux-mêmes ou pour leurs futurs enfants. »

L’identification de la mutation dans le gène VAMP1 a été réalisée dans le laboratoire du Dr Guy A. Rouleau, en collaboration avec des chercheurs de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse et de l’Ontario. Les subventions proviennent des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Chaire de recherche du Canada en génétique du système nerveux et de la Chaire Jeanne-et-J.-Louis-Lévesque en génétique des maladies du cerveau.


À propos de l’étude :

« VAMP1 Mutation Causes Dominant Hereditary Spastic Ataxia in Newfoundland Families » Auteurs : Cynthia V. Bourassa, Inge A. Meijer, Nancy D. Merner, Kanwal K. Grewal, Mark G. Stefanelli, Kathleen Hodgkinson, Elizabeth J. Ives, William Pryse-Phillips, Mandar Jog, Kym Boycott, David A. Grimes, Sharan Goobie, Richard Leckey, Patrick A. Dion, Guy A. Rouleau.

The American Journal of Human Genetics (2012), doi : 10.1016/j.ajhg.2012.07.018

L’Université Memorial est officiellement connue comme Memorial University. Le CHU – Sainte-Justine et le CHUM sont les acronymes de Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine et Centre hospitalier de l’Université de Montréal, respectivement.

À propos des chercheurs :

  • Dr Guy Rouleau, M.D., Ph. D., professeur, Faculté de médecine, Université de Montréal; directeur du Centre de recherche du CHU – Sainte-Justine; chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM)
  • Cynthia Bourassa, B. Sc., étudiante à la maîtrise, Faculté de médecine, Université de Montréal
  • Nancy Merner, Ph. D., stagiaire postdoctorale, Faculté de médecine, Université de Montréal
  • Dre Inge Meijer, M.D., Ph. D., résidente en neuropédiatrie, Faculté de médecine, Université de Montréal

 

 

 

Pour accéder au site Web de la nouvelle:

http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-de-la-sante/20120906-decouverte-genetique-a-montreal-sur-une-maladie-rare-de-terre-neuve.html